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Claire Tabouillot

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Claire Louise Tabouillot est baptisée le 7 avril 1776 à la paroisse Saint Médard de Verdun. Elle est la fille de François (avocat, conseiller, procureur du roi) et d'Anne de Grandfebvre


Verdun, assiégée par les Prussiens, capitule le 2 septembre 1792.

Le roi de Prusse, Frédéric Guillaume, avait établi son Quartier Général au village de Regret dans une maison de campagne qui appartenait à François Tabouillot, alors ancien procureur du Roi de France au bailliage de Verdun. Le camp des Prussiens était situé à Bras non loin de là.

On proposa un soir dans le salon de Mme Tabouillot (Anne de Granfebvre), d'offrir des dragées au roi de Prusse, ainsi que cela était d'usage immémorial à Verdun, se disait-on, au passage des têtes couronnées.


Le voyage fut décidé, les dragées commandées et envoyées. Mais un fait certain, constaté lors du procés qui suivit, est que les dragées ne furent point présentées au Roi.

Madame Tabouillot, accompagnée de sa fille Claire, âgée de 15 ans, d'une taille élancée et d'une beauté très remarquable, se rendirent au camp de Bras. Rien ne fut offert au roi de Prusse: ni dragées, ni fleurs, ni compliments.

Les Français reprennent Verdun les 13 et 14 octobre suivant. Des hommes sont inculpés pour leur conduite durant le siège de la place ou pendant le séjour de l'armée prusienne, mais on ne songe pas à inquiéter les femmes.

Le 9 février 1793, un décret de la Convention relatif à la capitulation de Verdun ordonne que "le procès serait fait devant les autorités compétentes aux citoyens qui hâtèrent la reddition de la place et aux femmes qui furent complimenter le roi de Prusse et lui faire des présents".

Un nouveau décret rendu le 17 septembre, sur le rapport du représentant du peuple Cavaignac, prescrit la mise en jugment non seulement des personnes arrêtées dès l'année précédente mais encore de mesdames Tabouillot, Lalance, Bestelle, des sept jeunes filles et de quelques autres femmes qui s'étaient rendues au camp de Bras.
Elles furent privées de leur liberté le 27 septembre et enfermées au couvent de Saint-Maur à Verdun.


Le 1er nivôse an II, un lettre du ministre de la justice fait savoir que le procès des Verdunoises est de la compétence du tribunal révolutionnaire siégeant à Paris. En conséquence, après une instruction close à Verdun le 23 pluviôse, un jugement du tribunal criminel de la Meuse, rendu le 17 ventôse an II, lui renvoie les inculpés au nombre de 35.

Tous partent le 29 ventôse (19 mars 1794). Le voyage dure 14 jours. Trente-cinq personnes de tout âge et de toute condition, d'anciens militaires, cinq prêtres ou moines, sept jeunes filles, des femmes dont la plus jeune avait 41 ans, furent comprises dans la même accusation, pour des faits différents se rapportant soit à la capitulation de Verdun, soit à son occupation par les Prussiens. L'acte d'accusation fut dressé le 22 germinal an II par Antoine-Quentin Fouquier Tinville. Les trente-cinq étaient accusés d'avoir "conspiré contre le peuple français, en entretenant des intelligences et correspondances avec les ennemis de la France, tendant à favoriser leur entrée dans la forteresse de Verdun aux troupes prussiennes..." Trente-trois accusés sont condamnées à mort. Claire Tabouillot et Barbe Henri, les plus jeunes, échappent à la guillotine. Elles sont condamnées à 20 années de détention et à l'exposition publique sur un échafaud, avec un écriteau au dessus de leurs têtes. Les 35 sont conduits à l'échafaud sur la Place de la Révolution (devenue la place de la Concorde). Au pied de l'échafaud, la mère de Claire lui confie son alliance. Le lendemain, Claire Tabouillot et Barbe Henri, en habits de deuil, subissaient leur peine infâmante. Elles sont ensuite jetées à l'hospice de la Salpétrière avant d'être transférées dans l'ancien couvent des Carmélites à Verdun.

Grâce au 9 thermidor, plusieurs personnes dont le père de Claire Tabouillot s'employèrent à libérer les deux malheureuses.
Le 13 brumaire an III, un arrêté du représentant du Peuple, Charles Delacroix, autorise mesdemoiselles Tabouillot et Henri à rentrer provisoirement chez elles.
Et le 17 pluviôse, le jugement du tribunal révolutionnaire était annulé de manière définitive.

Le 1er février 1795 à verdun, Claire Tabouillot épouse un compagnon de captivité (René François Marchal). Elle aura un fils de ce mariage (Aimé-François Marchal de Corny né le 1 décembre 1795) Claire décède à Metz, en 1820, âgée de 43 ans.

L'un des frères de Claire, Antoine Charles Louis Tabouillot, émigre pendant la Révolution française et arrive en Prusse en 1793. Antoine Charles Louis Tabouillot, qui s'appelle désormais Anton Carl Ludwig von Tabouillot, fonde la branche noble des von Tabouillot en Allemagne. Frédéric-Guillaume II promit l’intégration d’Antoine Charles de Tabouillot dans un régiment de hussards après une amélioration sensible de son niveau d'allemand (cf. GStA PK, I. HA, Rep. 11, n° 91 b, Französische Emigranten in der Kur – und Neumark, fasc.spéc. 27).
Il entre en 1795 dans l'armée prussienne avec le grade de second lieutenant.
Il quitte l'armée en 1810 avec le grade de capitaine.
Le 21 mai 1811 il est nommé Maire (Burgmeister) de Essen (Westphalie) et intronisé le 31 mai 1811.
Il garda cette fonction jusqu'à sa mort en 1813.


Sources autres que ma généalogie: Claire Tabouillot - Barbe Henri, par, M. Dommanget, Appendice à l'étude sur Nicolas Dom Tabouillot, extrait des mémoires de la société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, 10ème volume, 1868
L'article est disponible sur le site de la bibliothèque de France


Victor Hugo dans ses Odes et ballades a composé un poème qui relate ces faits:


Les Vierges de Verdun

I

Pourquoi m'apportez-vous ma lyre,
Spectres légers ? – que voulez-vous ?
Fantastiques beautés, ce lugubre sourire
M'annonce-t-il votre courroux ?
Sur vos écharpes éclatantes
Pourquoi flotte à longs plis ce crêpe menaçant ?
Pourquoi sur des festons ces chaînes insultantes,
Et ces roses, teintes de sang ?

Retirez-vous : rentrez dans les sombres abîmes...
Ah ! que me montrez-vous ?... quels sont ces trois tombeaux ?
Quel est ce char affreux, surchargé de victimes ?
Quels sont ces meurtriers, couverts d'impurs lambeaux ?
J'entends des chants de mort, j'entends des cris de fête.
Cachez-moi le char qui s'arrête !...
Un fer lentement tombe à mes regards troublés ; –
J'ai vu couler du sang... Est-il bien vrai, parlez,
Qu'il ait rejailli sur ma tête ?

Venez-vous dans mon âme éveiller le remord ?
Ce sang... je n'en suis point coupable !
Fuyez, vierges ; fuyez, famille déplorable :
Lorsque vous n'étiez plus, je n'étais pas encor.
Qu'exigez-vous de moi ? J'ai pleuré vos misères ;
Dois-je donc expier les crimes de mes pères ?
Pourquoi troublez-vous mon repos ?
Pourquoi m'apportez-vous ma lyre frémissante ?
Demandez-vous des chants à ma voix innocente,
Et des remords à vos bourreaux ?

II

Sous des murs entourés de cohortes sanglantes,
Siège le sombre tribunal.
L'accusateur se lève, et ses lèvres tremblantes
S'agitent d'un rire infernal.
C'est Tinville : on le voit, au nom de la patrie,
Convier aux forfaits cette horde flétrie
D'assassins, juges à leur tour ;
Le besoin du sang le tourmente ;
Et sa voix homicide à la hache fumante
Désigne les têtes du jour.

Il parle : ses licteurs vers l'enceinte fatale
Traînent les malheureux que sa fureur signale ;
Les portes devant eux s'ouvrent avec fracas ;
Et trois vierges, de grâce et de pudeur parées,
De leurs compagnes entourées,
Paraissent parmi les soldats.
Le peuple, qui se tait, frémit de son silence ;
Il plaint son esclavage en plaignant leurs malheurs,
Et repose sur l'innocence
Ses regards las du crime et troublés par ses pleurs.

Eh quoi ! quand ces beautés, lâchement accusées,
Vers ces juges de mort s'avançaient dans les fers,
Ces murs n'ont pas, croulant sous leurs voûtes brisées,
Rendu les monstres aux enfers !
Que faisaient nos guerriers ?... Leur vaillance trompée
Prêtait au vil couteau le secours de l'épée ;
Ils sauvaient ces bourreaux qui souillaient leurs combats.
Hélas ! un même jour, jour d'opprobre et de gloire,
Voyait Moreau monter au char de la victoire.
Et son père au char du trépas !

Quand nos chefs, entourés des armes étrangères,
Couvrant nos cyprès de lauriers,
Vers Paris lentement reportaient leurs bannières,
Frédéric sur Verdun dirigeait ses guerriers.
Verdun, premier rempart de la France opprimée,
D'un roi libérateur crut saluer l'armée.
En vain tonnaient d'horribles lois ;
Verdun se revêtit de sa robe de fête,
Et, libre de ses fers, vint offrir sa conquête
Au monarque vengeur des rois.

Alors, vierges, vos mains (ce fut là votre crime !)
Des festons de la joie ornèrent les vainqueurs.
Ah ! pareilles à la victime,
La hache à vos regards se cachait sous des fleurs.
Ce n'est pas tout ; hélas ! sans chercher la vengeance,
Quand nos bannis, bravant la mort et l'indigence,
Combattaient nos tyrans encor mal affermis,
Vos nobles cœurs ont plaint de si nobles misères ;
Votre or a secouru ceux qui furent nos frères
Et n'étaient pas nos ennemis.

Quoi ! ce trait glorieux, qui trahit leur belle âme,
Sera donc l'arrêt de leur mort !
Mais non, l'accusateur, que leur aspect enflamme,
Tressaille d'un honteux transport.
Il veut, vierges, au prix d'un affreux sacrifice,
En taisant vos bienfaits, vous ravir au supplice ;
Il croit vos chastes cœurs par la crainte abattus.
Du mépris qui le couvre acceptez le partage,
Souillez-vous d'un forfait, l'infâme aréopage
Vous absoudra de vos vertus.

Répondez-moi, vierges timides ;
Qui, d'un si noble orgueil arma ces yeux si doux ?
Dites, qui fit rouler dans vos regards humides
Les pleurs généreux du courroux ?
Je le vois à votre courage :
Quand l'oppresseur qui vous outrage
N'eût pas offert la honte en offrant son bienfait,
Coupables de pitié pour des français fidèles,
Vous n'auriez pas voulu, devant des lois cruelles,
Nier un si noble forfait !

C'en est donc fait ; déjà sous la lugubre enceinte
A retenti l'arrêt dicté par la fureur.
Dans un muet murmure, étouffé par la crainte,
Le peuple, qui l'écoute, exhale son horreur.
Regagnez des cachots les sinistres demeures,
O vierges ! encor quelques heures...
Ah ! priez sans effroi, votre âme est sans remord.
Coupez ces longues chevelures,
Où la main d'une mère enlaçait des fleurs pures,
Sans voir qu'elle y mêlait les pavots de la mort !

Bientôt ces fleurs encor pareront votre tête ;
Les anges vous rendront ces symboles touchants ;
Votre hymne de trépas sera l'hymne de fête
Que les vierges du ciel rediront dans leurs chants.
Vous verrez près de vous, dans ces chœurs d'innocence,
Charlotte, autre Judith, qui vous vengea d'avance ;
Cazotte ; Elisabeth, si malheureuse en vain ;
Et Sombreuil, qui trahit par ses pâleurs soudaines
Le sang glacé des morts circulant dans ses veines ;
Martyres, dont l'encens plaît au Martyr divin !

III

Ici, devant mes yeux erraient des lueurs sombres
Des visions troublaient mes sens épouvantés ;
Les spectres sur mon front balançaient dans les ombres
De longs linceuls ensanglantés.
Les trois tombeaux, le char, les échafauds funèbres,
M'apparurent dans les ténèbres ;
Tout rentra dans la nuit des siècles révolus ;
Les vierges avaient fui vers la naissante aurore ;
Je me retrouvai seul, et je pleurais encor
Quand ma lyre ne chantait plus !


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Mis à jour le 21 juillet 2007